Connaissez-vous la métaphore de la grenouille qui ne savait pas qu’elle était cuite ? En lisant sur ce syndrome, je n’ai pu faire autrement que d’identifier la crise identitaire des médias. Bref, si les médias ne savent pas, ils sont quasi… cuits!

Mais qu’est-ce que cette métaphore?

« Une grenouille nage dans une marmite remplie d’eau. Un feu est allumé sous la marmite de façon à faire monter progressivement la température. La grenouille nage sans s’apercevoir de rien. La température continue de grimper, l’eau est maintenant tiède. La grenouille s’agite moins, mais ne s’affole pas pour autant. La température de l’eau continue de grimper. L’eau est cette fois vraiment chaude, la grenouille commence à trouver cela désagréable, elle s’affaiblit, mais supporte la chaleur. La température continue de monter, jusqu’au moment où la grenouille va tout simplement finir par cuire et mourir. Si la même grenouille avait été plongée directement dans l’eau à 50 degrés, elle aurait immédiatement donné le coup de patte adéquat qui l’aurait éjectée aussitôt de la marmite. Cette expérience montre que, lorsqu’un changement s’effectue d’une manière suffisamment lente, il échappe à la conscience et ne suscite la plupart de temps aucune réaction, aucune opposition, aucune révolte ».

La crise identitaire des médias que traverse le Québec est cachée par des actions et des discours qui auraient pu être pris plus tôt. Depuis des années, quotidiens et hebdomadaires croient encore à l’avenir du papier en se faisant un fer-de-lance de leur économie. Ils proclament à tout vent : « Le papier est encore présent pour au moins 15 ans! ». Foutaise ! Oui, des emplois sont reliés à cette industrie, mais les stratégies manquantes des médias pour arrimer le papier à sa transformation vers le numérique a été plus qu’alarmantes.

Souvenons-nous ! En décembre 2013, Québecor vend ses 74 hebdos régionaux à TC Média. En septembre 2014, TC Média a vendu 11 hebdomadaires à NéoMédia, une entreprise médiatique numérique de la Beauce. Très rapidement, le modèle d’affaires était connu, les hebdomadaires devenaient des quotidiens numériques et les nouvelles devaient être publiées quotidiennement avec huit articles par jour. Lorsque j’ai pris le poste au Saguenay-Lac-Saint-Jean, ma vision était claire, le média devait publier de la nouvelle à la vitesse d’une radio. Donc, très rapidement. Les journalistes en postes ont pris d’assaut les réseaux sociaux et les 600 visites par semaine au Lac-Saint-Jean se sont transformées à 300 000 visites par mois en six mois, sortant plus rapidement de la nouvelle que les médias présents sur place. Plutôt que d’être contre les réseaux sociaux, nous en avons fait un allié. Certains médias ont menacé les personnes de ne plus les couvrir si jamais ils parlaient à ce média… numérique! Le seul hic, c’était la course aux clics!

Aujourd’hui, les médias se lancent dans une campagne de peur contre les GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple). Regardons cela de plus près. Aucun média n’a été obligé de s’inscrire sur Facebook? Est-ce vrai ? La réponse est connue. Ils l’ont fait volontairement, parce que cela permet un rayonnement de leurs publications, donc augmentation des visites sur le site Internet et visibilité accentuée pour les annonceurs qui paient de la publicité pour être affichés sur la page. Jusque là tout va bien. Si demain matin, les médias s’enlevaient de Facebook, le nombre de visites sur leurs sites Internet chuterait drastiquement et les annonceurs n’auraient pas la visibilité pour laquelle ils ont payé.

Pour un entrepreneur chaque dollar investi doit correspondre à des retombées économiques et de visibilité. Donc, chaque dollar investi dans une publicité doit correspondre avec des chiffres précis de son impact et de son rayonnement. Un retour sur investissement. Une publicité sur Facebook permet d’avoir avec exactitude l’audience de la publicité (nombre de personnes atteintes, commentaires, partages, mentions « J’aime »), tandis qu’une publicité radio ou papier est vendue selon une audience : « Nous avons 50 000 lecteurs par jour! » ou « Le midi nous atteignons 20 000 auditeurs ». Comment un entrepreneur a la certitude que sa publicité sera lue par 50 000 lecteurs ou entendue par 20 000 auditeurs ? Personne ne peut assurer cela. Tous les médias doivent s’ajuster rapidement au monde du numérique et arrêter d’écrire que « Facebook ne couvrira jamais une nouvelle! »

En Europe tout comme aux États-Unis, ils ont développé leurs images et contenus de marque. Les journalistes racontent via les médias sociaux et même sur Snapchat la Une ou la nouvelle exclusive publiée le matin même. Ils ont vu une augmentation du lectorat provenant des jeunes et augmentation du temps d’écoute de la radio. Ils ont joué de proximité avec les lecteurs et les auditeurs. Ils ont développé par le fait même des podcasts. Le New York Times a compris très rapidement cette stratégie. Le 6 novembre dernier, ils ont annoncé que durant le troisième trimestre ils ont gagné 273 000 abonnés pour s’approcher des 5 millions d’abonnés et des dix millions d’ici 2025.

Le Québec joue encore une fois aux Gaulois. La fin du papier est à notre porte et la bataille des élus pour sauvegarder le Publisac est un combat à demi-teinte. Avec une application comme Reebee qui permet de géolocaliser les circulaires à partir de son cellulaire a fait passer le Publisac pour un objet issu du Moyen-Âge. Dans cette évolution et cette crise que traverse les médias, un impact est intervenu plus fort que prévu, celui de l’environnement. La génération des millénaux ne veut plus de gaspillage avec du papier. Pour eux, la protection de la forêt, de nos lacs, de nos rivières, bref de nos richesses naturelles font partie de leurs valeurs ancrées et rien ne les arrêtera pour défendre leurs idéaux.

Je conseille aux médias de dire honnêtement les choses. Plutôt que de dire sur toutes les tribunes que c’est la faute à Google, Amazon, Facebook et Apple, dites-nous droit dans les yeux que si les entreprises n’investissent plus dans vos médias vous serez sans emploi. Parlez-nous avec votre cœur plutôt que de vous cacher derrière un discours répété mille fois qui n’a plus aucun impact.

Je crois en ma région depuis bien plus longtemps que certains qui viennent de se réveiller. Je crois aux entrepreneurs, aux bâtisseurs, à ses nombreuses expertises, à ses hommes et femmes, aux nombreux élus qui ont façonné la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Je n’ai pas attendu trois grands projets pour connaitre la valeur de ma région et de ses personnes qui y habitent. J’aime ma région avec ou sans ces trois projets.