J’assistais dernièrement à un 5 à 7 organisé pour les dirigeants d’entreprises TI de la région. Durant l’événement, j’ai pris le temps de discuter avec plusieurs des entrepreneurs présents. Je connais la majorité d’entre eux, car ils sont encore trop peu nombreux dans la région.

À un certain moment, c’est le constat qui m’est venu à l’esprit, la non-richesse de ce fameux écosystème du numérique. Pas seulement en termes d’argent (certains réussissant mieux que d’autres), mais également au niveau des moyens et des opportunités mises à leur disposition pour grandir et prospérer dans notre région.

On va se dire les choses franchement, en 2019 il faut avoir la foi pour vouloir-vivre du numérique au Saguenay Lac-Saint-Jean. Pourtant c’est un secteur où nous aurions intérêt à mettre beaucoup plus d’efforts, car d’ici quelques années nous vivrons dans un monde hyperconnecté.

Pour l’instant, on ne sent pas de réelle volonté des décideurs politique ou économique de développer ce secteur. Il y a bien ici et là quelques initiatives en place, mais ce n’est rien comparé aux efforts que l’on met dans les secteurs traditionnels.

Pourtant l’arrivée d’Ubisoft aurait dû servir de catalyseur en nous faisant collectivement prendre conscience que la région possède des atouts importants pour devenir un joueur important au niveau des technologies au Québec.

J’aimerais être de nature plus optimiste, mais j’ai depuis quelque temps de plus en plus la désagréable impression que nous sommes condamnés à agir comme cette grenouille dans l’eau chaude de la célèbre fable face aux tendances perturbatrices engendrées par le développement des technologies.  Au lieu de chercher des solutions innovantes et de réagir en profitant des opportunités qu’apportent ces technologies nous nous contentons de subir leurs impacts stoïquement à l’image de la grenouille avec l’eau qui devient de plus en plus chaude. Ou encore, nous mettons tous nos espoirs dans ces fameux grands projets en espérant qu’ils pourront nous sortir de la marmite avant qu’il ne soit trop tard.

Et pendant ce temps l’eau dans la marmite ne fait que se réchauffer diminuant de plus en plus notre capacité de réaction…

Pourtant les exemples de notre incapacité à réagir sont nombreux; la crise des médias, la crise climatique, la pénurie de main-d’œuvre, la mise en veilleuse des investissements de Rio Tinto, la fin possible des Publisac (!), les impacts du vieillissement de la population, etc. Tous des exemples où aurions pu agir pour mettre en place des éléments d’atténuation en étant proactifs dans la recherche de solutions au lieu de nous contenter d’en subir les conséquences.

Et pendant ce temps nous continuons de nier que l’eau se réchauffe et qu’elle continuera de se réchauffer…

Pourtant nous avons tous les éléments en place pour changer le cours de l’histoire. Pour ça nous devons prendre collectivement la décision de sauter en dehors de la marmite avant qu’il ne soit trop tard.

Je sais plus facile à dire qu’à faire, mais bon voici quelques propositions simples qui pourraient être intéressantes à explorer ;

  • Prenons 40 % des énergies que l’on met dans ces fameux grands projets pour réaliser des petits et moyens projets portés par des gens d’ici.
  • Encourageons et soutenons par différents moyens ceux et celles qui ont le courage de vouloir développer des solutions technologiques en région.
  • Développons un écosystème favorable pour le développement d’innovation plus spécifiquement dans des créneaux porteurs d’avenir comme l’économie verte, la cybersécurité, la chaîne de bloc, l’intelligence artificielle et l’alimentation boréale.
  • Mettons en place un comité d’expert capable d’accompagner efficacement nos élus pour qu’ils puissent beaucoup mieux s’ajuster aux disruptions des marchés engendrés par les avancées technologiques.
  • Servons-nous davantage du merveilleux potentiel de changement que sont nos jeunes qui fréquentent les établissements d’enseignement en étant à l’écoute de leurs aspirations et en leur proposant des opportunités de développer leurs talents ici dans un milieu de vie dynamique et diversifié (culture, loisir, événements, etc.).
  • Apprenons à mieux valoriser et à mieux faire rayonner les projets et les initiatives des gens d’ici.

Et finalement, dotons-nous d’une réelle vision de développement pour la région une vision où nous serons maîtres de notre destin et surtout une vision en accord avec les réalités que nous impose notre époque. Une vision qui fera consensus au lieu de nous diviser.

À ce moment-là, nous pourrons dire que nous croyons réellement à notre région !